mardi 19 mars 2013

S.O.S. : Savante et Omniprésente "Stupidité"

    
SMADJA (B.), Il faut sauver Saïd, Paris, L'Ecole des Loisirs, coll. : "Neuf", 2003.

       Le premier livre de Brigitte Smadja que j'ai eu entre les mains était La tarte aux escargots. Ce roman, je l'avoue m'avait vraiment touché et interpellé à l'époque.

     Il faut sauver Saïd a provoqué chez moi la même sensation... mais avec une puissance encore plus destructrice. Je ne vais pas vous résumer le livre, il en perdrait tout son sens; je ne vais pas vous critiquer ce livre, je n'en ai pas envie; je vais me contenter de vous transmettre une court extrait qui résume bien l'esprit de l'écrit et qui est une véritable perle de sagesse face à notre société contemporaine.
- On n'est pas français, nous? Je suis né en France, et toi aussi et Samira et Mounir. Qu'est-ce que je suis si je suis pas français? Pourquoi Samira elle aurait pas le droit d'aimer Kévin si elle veut?
- Tu seras jamais français ! a crié Abdelkrim.
      Mais pourquoi avoir choisi cette extrait du livre? Pourquoi avoir choisi la citation d'Abdelkrim, un des personnages les plus stupides du roman? Tout simplement parce qu'il a raison.

     Aujourd'hui, dans notre société "interculturelle" contemporaine, nombre d'inégalités et de discriminations sont recensées par an. Pourtant, comme Saïd le dit, ils sont nés en France et sont donc, selon la législation en vigueur, considérés comme enfants français. Mais qu'est-ce que la nationalité finalement au regard de l'homme lambda? Rien de plus qu'un nom ou qu'un adjectif stéréotypé : pouvez-vous imaginer un français, sa baguette sous la main et un verre de vin dans la main alors qu'il a une physionomie propre à la région arabe. Mais vous êtes fous (oh oui !)?

     Abdelkrim dit vrai : parce qu'ils ont la peau basanée, ils ne seront jamais considérés comme français purs et durs. Qui plus est quand une minorité agressive vient accroître l'impression qu'on est face à des monstres n'ayant qu'un seul objectif : tuer nos maris et voiler nos femmes. Je tiens à préciser que je ne suis pas d'accord, que je suis pour l'ouverture culturelle... Qui plus est que ma future profession m'y plonge quotidiennement. Nous ne savons pas ce que les personnes immigrées ont pû traverser et ce qu'elles traversent encore : on ne quitte jamais véritablement son pays, qu'on le veuille ou non.

     Une question subsiste : "Que faire?"
Antoine Tintin ■

lundi 4 mars 2013

Brigitte au Pays des Merveilles


L'activité était assez simple. Il s'agit d’une petite saynète réalisée à partir d’éléments de dialogues venant des livres de l’auteure.
  1. SMADJA (B.), Il faut sauver Saïd, Paris, L’École des Loisirs, coll. « Neuf », 2003.
  2. SMADJA (B.), J’ai hâte de vieillir, Paris, L’École des Loisirs, coll. « Medium », 1993.
  3. SMADJA (B.), Rollermania, Paris, L’École des Loisirs, coll. « Medium », 1999.
Le but de l’activité, quant à lui, est plus ardu. L’auteure va devoir tout d’abord se rendre compte qu’il s’agit de dialogues de ses livres ; elle devra ensuite essayer de deviner de quels livres viennent les dialogues et, qui plus est, retrouver un maximum de personnages.
Bien entendu, le côté humoristique de la saynète est la conséquence majeure de l’assemblage, à l’instar des surréalistes, de dialogues sortis de leur contexte originel.
 
SONGE D'UNE JOURNÉE PRINTANIÈRE
Brigitte Smadja rentre en classe. Elle porte des lunettes de soleil et tient un magazine féminin; elle est en heure de fourche. Brigitte Smadja dispose quelques feuilles sur les bancs pour l’interrogation à venir. Elle va se rasseoir à son bureau, puis se plonge dans son magazine... Somnolente.

BRIGITTE SMADJA (à voix basse, derrière son magazine) : C’est fou ce que je suis fatiguée. Pourvu que mes petits anges soient calmes. Dès que je rentre, je m’en irai rejoindre le Pays des merveilles. (Rêveuse) J’espère que cet exercice sur la description dans la fiction va leur plaire et qu’ils ont enfin compris le pouvoir des expansions nominales. (Se replonge dans son magazine) Oh ! quelle jolie photo de Val Cento.

Brigitte Smadja continue à lire son magazine, dans le silence le plus total. Jusqu’au moment où les voix s’élèvent et s’entrechoquent. Surprise, elle relève la tête pour voir d’où vient le brouhaha.

TAREK : Saïd, j’ai à te parler. Rendez-vous sur le parking derrière l’arbre.
ALEX (avec un accent bien prononcé) : What the fuck are you doing man ?
ANTOINE (choqué) : Tarek, t’es un taré !
MARIE : Tu me dégoûtes !
ANTOINE (regardant Saïd) : N’y va pas, défends-toi... C’est ton cousin, je sais...
SAÏD : Mais non, on y va. Tu as eu de mauvaises informations, c’est tout.
KARIM (dénigrant Antoine) : T’as raison toi, t’as pas voulu y aller, trop crade pour la princesse.
TAREK (à Saïd) : Tu vas faire exactement ce que je vais t’expliquer.
Saïd se lève, Antoine le rattrape.

ANTOINE : Qu’est-ce que t’as Saïd, t’es malade ?

Alex enchaîne.

ALEX : J’ai rencontré un mec, à la balade du vendredi soir.
MARIE : C’était un moment sympa, non ?
ABDEL : Mais ouais, Alex c’est la reine de la nuit, elle a tous les mecs qu’elle veut.
TAREK : Elle est bien cette meuf finalement.
MARIE : Parce qu’avant je n’étais rien ?
KARIM : Pas toi !
ALEX (commençant un long soliloque) : Des exclus, des incompris, persécutés, martyrisés, pourchassés par des barbares dégénérés...
ANTOINE (la coupant et s’adressant à tout le monde) : Elle perd la boule ou quoi ?
MARIE (ironique) : C’est tellement évident qu’elle a changé ?
ABDEL : Bon Alex, t’arrêtes ton cinéma débile.
KARIM (reprenant le discours d’Alex) : Toujours les mêmes tarés dont tu m’as parlé au début de l’année ?
Tarek se rapproche de Marie et commence à vouloir lui caresser les cheveux.

MARIE (énervée) : Ne me touche pas. Ça marche plus. Je m’en fous.
Abdel attrape les deux bras de Marie tout en rigolant. M. Théophile rentre.

M.THÉOPHILE (d’une forte voix) : Bande de salauds. Bande de lâches. Quel exemple vous donnez à vos petits frères ? Criminels !
ANTOINE (à Marie) : Il va les éclater.
KARIM (d’une voix perverse en se moquant de Marie) : C’est galère... le grand écart.
SAÏD : Si tu touches à ma sœur, je te tue.
ALEX (avec un accent bien prononcé) : What the fuck are you doing man ?
Brigitte Smadja enlève ses lunettes de soleil. Elle se frotte les yeux pour mieux voir. Elle est très surprise car elle ne reconnaît pas ses élèves. Elle continue à écouter ce que les jeunes devant elle se disent. Marie est choquée.

KARIM : Tu dramatises toujours. T’es vraiment du genre à t’angoisser comme nana. Allez Marie, ne fais pas cette tête.
TAREK : Tu es un bon à rien, tu me fais honte.
Antoine change de sujet.

ANTOINE (triste) : Mes parents s’aiment beaucoup, mais ils ne s’aiment plus. 
SAÏD : Ils n’ont pas l’air de plus s’aimer, ils ne se disputent pas, ils ne se regardent pas en chien de faïence.
KARIM (en dehors de la conversation) : On n’est pas amoureux quand on est mômes.
ALEX : Arrête, t’es dur là.
M.THÉOPHILE (dépité) : Parce que ce n’est pas ton secteur. Quelle stupidité !
ABDEL : C’est quoi ces conneries que t’as racontées ?
ALEX : Tu peux pas comprendre, Abdel, t’es comme moi, tu fais du latin, tu rates une grande partie des nouvelles.
SAÏD : C’est super !
ABDEL: Qu’est-ce que c’est que ce truc ? C’est naze, où t’as trouvé ça ? 
TAREK : Tu es un bon à rien.
SAÏD : J’ai pas choisi, c’est pas de ma faute.
M.THÉOPHILE (dévisageant Tarek) : Je ne te lâcherai pas, Saïd. Tu peux compter sur moi.
TAREK (imitant M. Théophile, mais avec l’accent arabe) : Tu es un bon élève ...
ABDEL : ... Tu es petit ...
TAREK (imitant M. Théophile, mais avec l’accent arabe) : ... Ce sera très facile.
SAÏD (en colère face à la méprise de Tarek) : On n’est pas français nous ?
KARIM : Il y a pire comme maladie. Il y a le sida ou pire encore : la ménopause.
ABDEL : Je sais pas.
M.THÉOPHILE (narguant) : Vous devriez mieux tenir votre classe Madame Smadja. (Il secoue Brigitte Smadja qui commence à se réveiller). Brigitte ! Brigitte ! Bri-git-te !
BRIGITTE SMADJA : Mais voyons, que se passe-t-il ?
M. THÉOPHILE : Vous dormiez... Vos élèves vous attendent. Je ne sais quel songe vous avez pu faire, mais il est l’heure de retrouver la réalité. 
Antoine Tintin ■

jeudi 14 février 2013

Un roman foudroyant


RIORDAN (R.), Percy Jackson, t.1 :"Le voleur de foudre",
              Paris, Le Livre de Poche Jeunesse, 2010.

Percy Jackson. Le voleur de foudre, un roman épique

Malgré son succès à retardement dans nos librairies, nous pouvons dire qu’aujourd’hui Percy Jackson. Le voleur de foudre a explosé le score des ventes. 
            Jusqu’à lors, Rick Riordan était surtout connu en littérature pour adultes avec sa série Tres Navarre. Son succès s’est confirmé en 2008 avec The Maze of Bones qui est monté en tête de la liste des best-sellers du New-York Times. Pour ce qui est du premier tome de Percy Jackson, il est paru chez Albin Michel la même année. Il faudra attendre 2010 pour que son succès le précède et qu’il devienne un mythe. Il faut dire que son auteur s’y connaît en mythologie : il est diplômé de l’Université du Texas en Histoire.
Percy Jackson est un roman épique qui met en avant l’histoire d’un jeune garçon dans les États-Unis des années 2000. Attaqué par sa prof de maths qui s’avère être une harpie, Percy va découvrir qu’il n’est autre que le fils de Poséidon. À peine remis de ce choc, le voilà mêler, malgré lui, à un complot contre Zeus : le jeune garçon est accusé d’avoir volé l’éclair originel, l’arme du roi des dieux. Commence alors pour le héros et deux de ses amis, le satyre Grover et Annabeth, la fille d’Athéna, une quête pour sauver le monde et pour libérer la mère de Percy retenue aux Enfers par Hadès. Ils n’ont que quelques jours... Y arriveront-ils ?
Bien entendu, ce récit est teinté d’accents chimériques : Percy Jackson nous plonge dans de la fantasy du 21e siècle. Toutefois, par de nombreux stratagèmes, l’auteur arrive à faire croire au lecteur qu’il est face à de la factualité. Il faut dire que ce livre, a contrario de la boite de Pandore, est un cadeau délicieux qu’il faut ouvrir : tout semble si réel. 
Tout d’abord, l’histoire est proche de son lectorat de prédilection : la jeunesse. Cette proximité est ressentie au travers de l’écriture de l’auteur qui parvient parfaitement à allier fond et forme. L’impression spatio-temporelle dégagée par le livre ne peut que les toucher davantage : de New-York à Los Angeles, Percy Jackson les entraîne dans un voyage homérique. Les protagonistes sont très attachants ; l’identification en devient plus aisée.
Ensuite, la tonalité du récit, l’écriture chantante et le style oratoire de l’auteur font échos aux écrits lyriques antiques : l’auteur aurait-il été inspiré par les Muses en personne ? On ne peut que se laisser conquérir par les phrases, presque naturelles, de l’auteur et vivre intensément chaque page. Malgré cela, il convient de souligner que certains passages sont moins mouvementés et auraient tendance à nous plonger dans les bras de Morphée. Mais, peut-importe, l’action générale l’emportera toujours : nous sommes bien loin d’un roman psalmodique.
Enfin, il convient de s’attarder sur l’histoire en elle-même. Elle a une portée symbolique et propose, sous la narration, une nouvelle réflexion sur les influences grecques dans la culture occidentale moderne. Le roman a également une portée moralisatrice et pédagogique : le roman expose clairement l’idée selon laquelle il convient de comprendre l’utilité de nos études par rapport à la vraie vie. Les amitiés, la construction identitaire et le sens de la vie : quelques sujets développés au cours de cet incontournable de la littérature de jeunesse.
Pour les amateurs de mythologie – ce mot revient comme un leitmotiv tout au cours du roman – et pour les autres lecteurs friands de détente et de plaisir, la lecture de cet ouvrage ne vous donnera qu’une seule envie : celle de découvrir ce qu’il adviendra des héros. Ma seule déception est que le livre se soit lu si vite.
Les pages de ce livre seront vos glaives face aux attaques multiples d’harpies, de minotaures et de chimères. Et vous, oserez-vous rentrer dans la légende ?

Antoine Tintin ■ 

dimanche 3 février 2013

Sordide(bor)

MOLLA (J.), Sobibor,
Paris, Gallimard, coll. : " Scripto", 2003.

 "On ne peut pas oublier son passé , koteczku, même si aujourd'hui je suis tellement heureuse." (p.78)

LA DÉCOUVERTE

     La première chose qui m'a frappée lorsque j'ai pris le livre en main, c'est la simplicité de sa couverture. Il est blanc, sans fioritures... si ce n'est une représentation de la plaque de Sobibór, un camp d'extermination nazi. Le nom de l'auteur apparaît avec une police du style manuscrite. Les deux derniers éléments présents sur cette première de couverture sont le nom de la maison d'édition "Gallimard" et le nom de la collection "Scripto". Quoi qu'il en soit, cette couverte est simple et dépourvue de couleurs vives. Est-elle en rapport avec le contenu du livre? 

     Comme usuellement, je retourne le livre pour me pencher plus sur la quatrième de couverture. Toute aussi blanche, elle ne déteint pas avec le côté face du livre. Quelques éléments essentiels sont présents : le nom de la maison d'édition, le nom de la collection, le code barre, le code ISBN et l'adresse internet de Gallimard. Un avis sur l'écriture de l'auteur et sur le livre en tant que tel nous est offert : il semblerait que Sobibor est un "récit poignant, incisif et sans compromission". Je jugerai de ces trois qualificatifs lors de ma lecture. 

     Maintenant, je lis le résumé apéritif de l'ouvrage : "Je l'ai fait pour qu'on m'arrête", répond Emma après avoir volé des biscuits dans un supermarché. Que se cache-t-il derrière ses mots, sa maigreur extrême, sa beauté douloureuse? Quelle est l'origine de son anorexie : l'indifférence de ses parents, le silence, les mensonges savamment entretenus? Emma veut savoir. Emma veut comprendre. La découverte d'un vieux cahier fera bientôt surgir du passé d'épouvantables secrets". 

 
    C'est ainsi que ma lecture commence...

CHAPITRE UN

     Le chapitre un est déjà assez éprouvant en lui-même. Je ne peux pas nier l'effet que ces quelques pages ont sur moi; peut-être suis-je trop sensible ou peut-être est-ce la manière dont Molla m'amène à plonger dans le trouble du comportement alimentaire d'Emma. Quoi qu'il en soit, l'émotion me submerge déjà. Quelle(s) est/sont la/les cause(s) de l'anorexie d'Emma? Et quelle est cette pièce dont elle rêve? Sans vouloir faire un jeu de mots assez cru ou ironique, je me réjouis de dévorer les pages suivantes. 

CHAPITRE DEUX

     Le chapitre deux est moins éprouvant. Toutefois, les secrets commencent à être révélés et mon attention, quant à elle, est suscitée. Le fameux Jacques... qui est-il? Serait-ce le gardien du camp qui a tué Eva et son fils au tout début du livre? J'aime beaucoup le suspense, mais là... mille questions se posent et je risque de devenir fou (il me reste encore 150 pages à lire). Quand on tombe dans les secrets de famille, on ne sait jamais jusqu'où ceux-ci vont nous conduire. 

CHAPITRE TROIS

    Le chapitre trois est synonyme de la découverte de Jacques. En effet, nous faisons sa connaissance à travers le début de son journal intime. Quoi qu'on en pense, je trouve que c'est un bon vieux salaud ; il va même jusqu'à renier son identité française pour intégrer le projet nazi. Toutefois, j'ai beaucoup aimé toutes les traces de factualité (des noms, des groupes... Et même les désignations allemandes). 

    Lors de ma lecture, un petite pensée m'a traversé l'esprit: pourquoi ne pas envisager une lecture "comparative" de ce chapitre avec un chapitre de La mort est mon métier de Robert Merle. Jacques n'est-il pas également étonné qu'on l'ait choisi pour faire partie du "grand tout"?

- Vous avez l'air effaré. Pourtant, l'idée d'en finir avec les Juifs n'est pas neuve.
- Nein, Herr Reichsfürher. Je suis seulement étonné que ce soit moi qu'on ait choisi..."

     Une autre piste pédagogique serait une mise en réseau de Sobibor et du Journal d'Anne Frank. On pourrait ainsi avoir une vue d'ensemble, semi-fictive certes pour Sobibor, quant au vécu de la guerre, des camps, etc. Les extraits du journal de Jacques Desroches et ceux d'Anne Frank permettrait une appréhension de la factualité dans le journal intime, etc. À essayer.  

CHAPITRE QUATRE

    Emma le retour ! J'ai enfin un début de réponse à la question qui me taraude depuis le début du livre : qu'est-ce qui a poussé Emma vers sa déchéance ? Son copain, bien sûr (T'es un peu ronde); le début de l'adolescence et la difficulté d'accepter, de s'habituer à notre corps qui semble ne plus nous appartenir; le décès de sa grand-mère qui est vraiment l'évènement qui va la pousser à se faire vomir... Et cet acte va apporter à Emma tellement de réconfort. Je ne suis qu'au chapitre quatre, mais cela devient de plus en plus difficile de lire progressivement et de donner mon ressenti après chaque chapitre, ici dans mon carnet de lectures. Je vais essayer de tenir le plus longtemps possible... Quoi qu'il en soit, une empathie envers Emma est en train de prendre le dessus. Jusque quand durera-t-elle? 

CHAPITRE CINQ

    Le chapitre commence à l'enterrement d'Anna. Emma se pose des questions sur les gens présents. Qui étaient ces visages inconnus, ces personnes qui me prenaient dans leurs bras et me présentaient leurs "sincères condoléances"? Le chapitre me semble insipide... rien ne se passe vraiment. On se souvient et c'est par volonté de Mémoires qu'Emma va questionner son grand-père qui, cela va de soi, va chercher à dissuader l'héroïne de poursuivre sa quête... Il se bat vai-ne-ment !  

CHAPITRE SIX

    Sauf erreur de ma part, c'est dans le chapitre six qu'apparaît pour la première fois le terme "anorexie". D'un autre côté, des indices étaient dispersés jusque là dans le texte et menait à cette conclusion. De nouveau, un chapitre plus léger (sans mauvais jeu de mots) où Julien, l'ex d'Emma, essaye de lui montrer qu'il l'aime toujours. J'en retiendrai surtout un extrait : Au fur et à mesure que je perdais du poids, je m'étais allégée de ce qui m'encombrait; je m'étais désintéressée de ce qui faisait de moi une femme. Molla retrace ici, d'une manière subtile, le prix le plus élevé de l'anorexie : le malade - l'anorexie, comme la boulimie et l'hyperphagie, est considérée comme un trouble des conduites alimentaires - s'enfonce dans une addiction qui le rend léger à tous niveaux... comme si le fait de perdre des kilos ne permettait plus de supporter le poids du bonheur. 

CHAPITRE SEPT

    Molla, veux-tu vraiment que je m'endorme? Aucune action, si ce n'est celle de prendre un bain. Emma nous livre une petite réflexion qui tente de justifier le prix de l'anorexie : anorexie, ataraxie, oubli. Mon tiercé gagnant. Ataraxie et anorexie ne sont pas si différents... si tu le dis. 

CHAPITRE HUIT

    Enfin, l'action recommence. Emma aide sa mère à enlever les affaires d'Anna... Rien de bien spécial, jusqu'à la découverte... "oui, mon Dieu oui"... du journal de Jacques. Pourquoi a-t-elle conservé le journal? Avec Emma, je m'apprête à découvrir le passé d'Anna. 

CHAPITRES NEUF, DIX ET ONZE

    J'ai honte de moi, j'attendais désespérément de lire la suite des écrits de Jacques. Si seulement j'avais su... Il nous décrit ses fonctions à Sobibor, le fonctionnement des chambres à gaz, la suprématie de la race aryenne.  Cette vision qui était désormais la mienne. Et l'Endlösung, la solution finale, me semble aujourd'hui le seul et l'unique moyen d'y parvenir. L'horreur s'accroît au chapitre onze: le camp doit s'agrandir pour pouvoir éliminer plus de juifs encore. Ils trouvent des solutions dont ils sont fiers... Ce n'est pas tant l'écrit de Molla qui me dégoûte, mais l'idée que derrière cette fiction se cache des pensées et des actions qui ont été ou ont dû être réelles. Une de mes hypothèses est confirmée : Jacques est bien le SS qui a tué Eva et Simon. 

   Un jour, lors de l'arrivée d'un train de nouvelles victimes, Jacques croise le regard d'un homme et est troublé. De cette rencontre, un mot survivra : ZAKHOR.

   Dans cette horreur, un peu d'amour. Jacques rencontre Anna, une jeune polonaise. Il va en tomber éperdument amoureux. Il devra, bien entendu, justifier cet amour aux yeux de ses supérieurs... Heureusement pour lui, Anna a des aïeux allemands et qu'elle vient d'un milieu social convenable. Ils vivent le "parfait" amour - Anna, aveuglée par ses sentiments, essayera de nier naïvement le côté de Jacques le moins humain. Pour elle, il est Jacquou le Craquant. Elle tombera enceinte, mais perdra l'enfant. Elle finira par s'enfuir. Jacques Desroches, quant à lui, trouvera la mort le 03 juillet 1943. 

CHAPITRE DOUZE

    De par sa lecture, Emma est confrontée à une série de questions. Pourquoi? Comment? Quand les secrets de famille commencent à tomber, tout le monde est remis en question et jugé. Emma perd confiance en tout ce qu'elle croyait être vrai. Comment sa Mamouchka a-t-elle pu s'associer à ce monstre sans sourciller? 

     Emma découvre également dans une double couverture du journal des photos : une d'Eva Hirschbaum (morte  le 21 mai) et une de Jacques. Et tout s'éclaire dans sa tête : elle reconnaît ce visage. Mais qui est-ce? Pendant un instant, j'ai pensé à son grand-père... Puis je me suis souvenu qu'elle ne reconnaissait pas tous les visages à l'enterrement de sa grand-mère. Jacques serait-il toujours en vie? Sous le poids de cette découverte, Emma essaye de se suicider. 

CHAPITRES TREIZE ET QUATORZE

      À l'hôpital, Emma se remet tout doucement de sa tentative de suicide. Emma se penche sur sa vie, etc. Elle interroge ses parents sur l'origine de son prénom : sa mère lui avoue que c'était un souhait d'Anna. Elle en conclut directement que la proximité phonémique entre Emma et Eva prend tout son sens. Serait-ce une tentative de pardon? 

     Emma commence à m'énerver : elle est d'un égocentrisme incroyable. Pour elle, tout tourne et se ramène toujours à elle. Et elle décide de voler dans un magasin (voir chapitre 1)... Je l'ai fait pour qu'on m'arrête.

CHAPITRE QUINZE

     Emma retourne au magasin pour voir le directeur. Pas tant pour s'excuser, mais pour trouver des réponses. Elle lui demande conseil... Il lui recommande d'aller trouver un magistrat. 

CHAPITRES SEIZE, DIX-SEPT ET DIX-HUIT

     Boum ! La bombe explose. Emma va chez son grand-père et pour... une raison totalement mystérieuse... elle monte dans la salle de bain se déshabiller avant de redescendre nue. Elle va s'asseoir près de lui et lui pose, de manière très aggressive, la question suivante : Que veut dire "zakhor"? La pièce est tombée et je comprends enfin... Finalement mon hypothèse n'était pas totalement fausse... Jacques Desroches = Karl Frank = Paul Lachenal. Le grand-père d'Emma est le monstre dont nous avons lu le journal. 

     Jacques commence alors à raconter son histoire, sa fuite organisée par les services secrets allemands, son amour pour Anna, etc. 

    Emma n'attend pas une seconde pour recommencer à l'insulter, à le violenter sans chercher vraiment à discuter. Je n'ai qu'une seule envie : coller une bonne baffe à Emma et  lui demander de se taire deux minutes. Mais non, elle continue... Et accuse son grand-père d'être celui qui l'a rendu anorexique, celui à cause de qui elle est comme cela. Elle ne lui laisse aucune chance : des copies de son journal ont été envoyées à différents journaux et au magistrat. Il doit se dénoncer ! 

CHAPITRE DIX-NEUF

     Last but not least. J'ai vraiment l'impression qu'Emma vit le parfait bonheur maintenant que les secrets ont été découverts et que sa famille va exploser. On apprend le décès de son grand-père et Emma ne sourcille même pas. Jacques/Karl/Paul était le personnage le pire du roman, mais Emma se révèle être sans coeur : pas une seule goutte à l'annonce de la mort de son grand-père. Qui est-elle pour juger? Qui est-elle pour dire ce qui est bien ou ne l'est pas? Elle n'a pas vécu pendant la guerre, elle n'a pas connu l'horreur de la guerre... Et elle pense être le centre du monde et se croit en mesure de réparer l'irréparable. Franchement, je suis déçu. N'allez pas penser que je suis d'accord avec les actes de Jacques, mais pensons au contexte de l'époque. Pensons aussi à quel point l'être humain est manipulable (expérience de Milgram).

L'AVIS

     Les amateurs de secrets de famille, de trahison, de guerre et autres penchants douteux y trouveront leur bonheur. Voilà la première approche du livre. Attention, si le livre se limitait à cela, je ne pense pas qu'il plairait tant au lectorat adolescent. 

     Penchons-nous un peu plus sur l'histoire et sur les faits relatés. Sobibor est un cri contre la guerre et ses dérives, contre les crimes raciaux et l'horreur, mais aussi une manière de sensibiliser le jeune lecteur à la difficulté de vivre dans les secrets et de le sensibiliser à la différence. C'est surtout un moyen de se souvenir et de prier pour que ja-mais cela ne recommence ! Le vieil homme juif ne s'est pas adressé qu'à Jacques: il parlait à Anna, à monsieur et madame Lachenal, au directeur du magasin, à vous, à moi ! 

 "Zakhor... souviens-toi". 


Antoine Tintin ■ 

mardi 4 décembre 2012

Jennifer Jones et Jack Burridge, ou le droit au pardon


CASSIDY (A.), Jennifer Jones,
Toulouse, Milan, coll. : " Macadam", 2006.

TRIGELL (J.), Jeux d'enfants (Boy A), Paris, Gallimard, coll. : " Folio policier", 2004.
LES QUATRIÈMES DE COUVERTURE
Au moment du meurtre, tous les journaux en avaient parlé pendant des mois. Des dizaines d'articles avaient analysé l'affaire sous tous les angles. Les événements de ce jour terrible à Berwick Waters. Le contexte. Les familles des enfants. Les rapports scolaires. Les réactions des habitants. Les lois concernant les enfants meurtriers. Alice Tully n'avait rien lu à l'époque. Elle était trop jeune. Cependant, depuis six mois, elle ne laissait passer aucun article, et la question sous-jacente restait la même : comment une petite fille de dix ans pouvait-elle tuer un autre enfant? (Jennifer Jones). 
Qui est Jack? Qui est-ce jeune homme accompagné d'un tuteur jouant les pères adoptifs? Qui est cet adolescent mal dégrossi au comportement infantile, parfois touchant de maladresse, qui semble découvrir un monde qui lui fait peur et lui est résolument hostile? Que cherche-t-il à cacher et pourquoi vit-il sous une fausse identité alors que les tabloïds anglais traquent un "monstre"? La rédemption est-elle possible lorsque l'irréparable a été commis? Comment trouver une place lorsque l'on est devenu la bête noire d'une société vindicative et puritaine nourrissant les tuteurs nécessaires à sa soif de sang?... (Jeux d'enfants).  
 COMPARAISON NON-EXHAUSTIVE ENTRE CES DEUX ROMANS 

Tout d'abord... pourquoi cette comparaison? Tout simplement, parce qu'il est indéniable que Jennifer Jones partage un lien hypertextuel avec Jeux d'enfants... Lien qui m'a sauté aux yeux lors de la lecture de ce roman d'Anne Cassidy. J'ai repris dans le tableau ci-dessous les points majeurs pouvant servir à la comparaison... 

Jack Burridge (Jeux d’enfants)
Jennifer Jones (Jennifer Jones)

  1. Protagoniste du roman. Il est aussi connu sous le pseudonyme de « A », Jack n’étant qu’un faux-nom qu’il s’est choisi.
  2. Il a commis un « crime horrible » alors qu’il avait 10 ans.
  3. Angela Milton est décédée... une enfant de l'âge de A. 
  4. Le livre commence peu de temps après sa remise en liberté.  Il va chercher à se reconstruire : il trouve du   travail, il se fait des amis, découvre l’amour, etc. Il va sauver une petite fille et faire la une en tant que « héros »... et c’est cela qui va le conduire à sa perte.
  5. Les journalistes sont là, essayent sans relâche de retrouver Jack Burridge.
  6. L'histoire se passe en Angleterre. 
  1. Protagoniste du roman. Elle est aussi connue sous le pseudonyme de « JJ » et sous les faux-noms « Alice Tully » et « Kate Rickman ».
  2. Elle a commis un « crime horrible » quand elle avait 10 ans, a passé 6 ans dans un établissement/prison et a été relâchée.
  3. Michelle Livingstone est décédée... une enfant de l'âge de JJ. 
  4. Le livre commence alors qu’elle a 17 ans et qu’elle essaye de se reconstruire (cela la conduira à suivre un cursus en Histoire).
  5. Les journalistes sont là, essayant sans relâche de retrouver Jennifer Jones.
  6. L'histoire se passe en Angleterre. 
  7. Elle n’a pas eu une enfance facile et aura beaucoup souffert de périodes d’abandon de la part de sa mère.

Ces deux romans, vraiment très intéressants, nous entraînent dans le totalitarisme de la presse. Les sociétés qu'ils nous font découvrir semblent suivre les médias les yeux fermés... mais la nôtre est-elle vraiment différente?  En fin de compte, le criminel et la presse ne sont-ils pas pareils, dès le moment où par leurs actions ils tuent l'Homme ! Pensons à ce fait d'actualité (07 décembre 2012) : une jeune infirmière s'est suicidée après avoir été piégée par des animateurs radios australiens. Ils se faisaient passer pour la reine Elisabeth et le prince Charles et voulait, soit-disant, prendre des nouvelles de la princesse Kate. Nous vivons dans l'ère des informations... Mais il ne faut pas oublier que nous devons être maîtres de celle-ci, et non l'inverse ! 

Mis à part cette thématique de la presse à scandale, les romans abordent la questions des "enfants meurtriers" et du contexte pouvant les amener à commettre ce genre de crime; ils soulèvent la question du pardon et de la difficulté de se reconstruire... Nos erreurs passées vaudront toujours plus que nos actes présents et futurs, aussi bons soient-ils ! Le personnage de Jack s'inspire d'un ami de Jonathan Trigell ayant été placé dans un centre de détention pour mineur -pour un simple délit et non pour un crime de sang comme dans le livre - et dont la réinsertion dans la société fut loin d'être aisée. 

QUEL EST/SONT LE(S) GENRE(S) DE CES ROMANS? 

Policier : Tous les ingrédients du policier sont là et déjà connus (sauf le mobile). Le genre comporte six invariants : le crime ou délit, le mobile, le coupable, la victime, le mode opératoire et l’enquête (in CENTI (V.), notes du cours de Littérature de jeunesse, Haute Ecole Charlemagne - Les Rivageois, 2011 - 2012). 
Réaliste : Il y a des éléments du roman réaliste dans ces deux textes. La société n’est-elle pas régie par la presse ? Et n’est-ce pas cette même presse qui peut faire perdre son humanité à un homme ?

Social : Il y a un véritable intérêt porté au regard de l’autre sur notre propre vie. Et comme Gallimard le dit de Jeux d’enfants : «  La rédemption est-elle possible lorsque l’irréparable à été commis ? Comment trouver une place lorsqu’on est devenu la bête noire d’une société vindicative et puritaine nourrissant les tueurs nécessaires à sa soif de sang ? » Pourtant, dans ces deux romans, le coupable n’est qu’un enfant qui n’est peut-être pas toujours si fautif que cela... Pensons par exemple au contexte social de Jennifer Jones, délaissée par sa mère.  

DES PISTES POUR LES ABORDER EN CLASSE?

Ces romans peuvent être exploités en classe dans le cadre du récit policier bien entendu, même s’ils ne respectent pas vraiment le récit traditionnel (où le coupable n’est démasqué qu’à la fin).  

On pourrait également utiliser ces deux romans, et c'est pour moi la meilleure manière de les aborder, afin d'introduire une séquence sur l’argumentation. Ils permettent d'amener une réflexion chez  les élèves... Pourquoi ne pas leur poser quelques questions d'interprétation/réflexion et, bien entendu, de justifier leur(s) réponse(s) :
  • Penses-tu qu’Alice est coupable de ce qu’elle a fait quand elle était enfant ?
  • Penses-tu que Jack mérite de vivre en paix, même s’il a commis un crime étant enfant ?
  • Penses-tu que nous avons tous droit à une seconde chance ?
  • Que doit-on faire des ex-détenus ?
COMMENTAIRE(S)

Jeux d'enfants a été adapté en 2007 au cinéma par John Crowley, avec Andrew Garfield dans le rôle de Jack. Ce film a reçu le Prix du Jury oecuménique au Festival de Berlin. Il a également raflé quatre récompenses au Festival du Film Britannique de Dinard.

Le film peut bien entendu être abordé en classe, mais pas avec un public trop jeune... La douleur que peut éprouver le héros est d'autant plus flagrante quand on la voit en images ( un lecteur moins habile ne percevra pas forcément le ressenti du protagoniste). Quoi qu'il en soit, pour les cinéphiles avertis, le film est un incontournable !

Quoi qu'il en soit, je vous conseille VIVEMENT de prendre le temps de vous posez avec ces livres entre les mains et, pourquoi pas, avec une bonne tasse de thé fumante?

Bande annonce de Boy A de CROWLEY J., adapté du livre de Jonathan Trigell.

Antoine Tintin ■